Edito – Plan Bleu Newsletter – novembre 2018

La collision entre deux navires avec le déversement accidentel de 600 tonnes de fioul, survenue au large de la Corse le 7 octobre 2018 nous rappelle, s’il en était besoin, la fragilité d’une Méditerranée concernée par la dangerosité potentielle d’un trafic maritime intense. Chaque année, environ 250 000 navires de plus de 100 tonnes sont présents à la mer ce qui représente un quart du volume mondial de transport maritime commercial mondial, et 30 % du trafic mondial maritime d’hydrocarbures. Le tourisme de croisière en Méditerranée compte, quant à lui, pour 15 % du marché mondial avec 136 navires de croisières et 24 millions de passagers dont près de 80 % se concentrent dans la partie occidentale de l’espace maritime.
Ceci n’est pas sans conséquences sur les émissions de polluants atmosphériques en provenance des moteurs des navires marchands qui affectent principalement les villes côtières, mais pas seulement, puisque 70 % des émissions polluantes (oxydes de soufre, oxydes d’azote et particules fines) surviennent à moins de 400 km des côtes.

Il est d’autant plus urgent d’agir qu’aujourd’hui la teneur en soufre autorisée pour les carburants maritimes se monte à 1,5 % pour les navires de croisière et jusqu’à 3,5 % pour les porte-conteneurs ou tankers, soit 1 500 à 3 500 fois plus que la limite fixée dans le gazole des véhicules terrestres. C’est dans ce contexte que les poursuites judiciaires entamées en avril 2018 contre le capitaine d’un bateau de croisière de 300 mètres de long, l’Azura, ayant enfreint les normes antipollution de l’air dans le port de Marseille en utilisant un fioul trop chargé en soufre, constituent un signal fort pour l’ensemble des capitaines de navires et des armateurs.

Au delà des poursuites judiciaires, des outils politiques existent ou sont à mettre en place. La Stratégie régionale de prévention et de lutte contre la pollution marine par les navires (2016-2021) adoptée par les pays riverains en février 2016 soulève la question de la désignation de tout ou partie de la mer Méditerranée comme zone de contrôle des émissions d’oxydes de soufre en vertu de l’annexe VI de la Convention MARPOL. Elle offre également la possibilité à des pays riverains de réfléchir à une stratégie d’émissions plus ambitieuse en s’intéressant aussi aux émissions d’oxydes d’azote et proposer ainsi une zone dénommée ECA pour « Emissions Control Areas », dont l’établissement doit être justifié par des analyses d’impact au niveau régional.

En 2017, le REMPEC (Regional Marine Pollution Emergency Response Centre for the Mediterranean Sea), a initié une étude à laquelle la France contribue à travers une étude menée par un consortium composé de l’Ineris, du Cerema, du Citepa et du Plan Bleu en appui technique, sur l’opportunité de la mise en place d’une zone ECA en Méditerranée.

Gageons qu’une coalition d’Etats-Parties saura porter ce projet grâce auquel la qualité de l’air en Méditerranée devrait s’améliorer.

Thierry Lavoux
Président du Plan Bleu